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Abécédaire de l'Espagne Atlantique
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18 mars 2016

B Comme Baiona

En arrivant à Baoina, dans l’effervescence d’une cité balnéaire sous un ciel d’un bleu impeccable, je me suis d’abord demandé si cette mer de Galice que nous attendions tant allait nous désenchanter. D’autant plus que le camping village où nous avons frappé,  idéalement placé au bord d’une plage au calme adriatique et à deux pas de la ville, affichait complet. Si les enfants ont été très déçus, ils ne pourront pas utiliser le grand toboggan de la piscine, nous avons plutôt été soulagés, surtout après avoir mis plus de trois quart d’heure à ressortir du parking bouchonné par les nouveaux arrivants. Nous voulions trouver une Galice sauvage, pas un ersatz de la Costa Brava.
C’est à 10km au sud de la ville, en direction du Portugal, que nous avons posé nos roues au O’Muiño, une belle adresse.

Baiona est une petite cité caractéristique de la Galice. Son centre ancien est fait de pierres de granit grises, massives. Les galeries boisées et vitrées qui ornent de nombreux bâtiments, sorte de bow-windows, viennent donner un peu de finesse à l’ensemble. Quelques églises compactes et des ruelles piétonnes montent à l’assaut d’une colline qui surplombe le port, lové dans une petite anse à l’abri de la grande houle.

 

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Sur l’un des pontons est amarré la réplique de la Pinta, l’une des caravelles de Colomb. Le 4 mars 1493, Martin Pinzon, débarqua donc dans ce petit port de Galice avec à son bord trois pauvres indiens arrachés à leur destin, un perroquet et quelques découvertes du « nouveau monde » que l’Europe ne connaissait pas encore : coton, maïs, tabac. Autant de preuves de cette découverte qui allait modifier considérablement le cours de l’Histoire. Pour la modique somme de 2 euros, la caravelle se visite. Ce qui frappe, c’est la petitesse de l’embarcation. Elle semble comme écrasée par des bateaux de plaisance ou les ferrys qui partent en balade. C’est donc à bord de ces petits navires que des aventuriers ont réussi à bouleverser un monde qui semblait figé pour l’éternité.

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S’avançant dans l’Océan, une petite presqu’île, le Monte Boi, abrite une très belle forteresse dont une partie est transformée en Parador, les grands hôtels de luxe espagnol. La Fortaleza de Monterreal permet d’effectuer une belle promenade tout au long de son chemin de ronde (3km). Elle offre de très jolis points de vue sur la ville, les Iles Cies qui se détachent sur la mer et l’Océan, majestueux spectacle en soi, surtout quand les vagues viennent se briser sur les rochers en contrebas. Sophie faisant une course, nous en faisons le tour avec les gosses et leurs trottinettes.

 

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La région autour de Baiona est un territoire farouche. La côte est une frange de rochers battue par les vents et les vagues. Ici, pas de plages de sable. Plusieurs petits hameaux se succèdent jusqu’au Rio Miño qui sépare l’Espagne de son voisin portugais. L’un des plus remarquables est Arrabal-Oïa où se situe le monastère de Santa Maria de Oia qui domine des vénérables maisons de pierres grises et une cale de pêcheurs, comme une carte postale en noir et blanc.

 

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La route côtière, de toute beauté, s’adosse à des collines touffues. Les pénétrer, c’est changer de monde en quelques virages. L’atmosphère se fait plus montagnarde malgré les altitudes modestes (600m). Les maisons se font rares. Les sommets s’aplanissent en différents plateaux dénudés où paissent des troupeaux de chevaux sauvages dans la bruyère. Si par chance, une légère brume venue de la mer envahit ces landes, c’est la sensation assurée de se retrouver catapulté dans un paysage mystérieux digne du « Chien des Baskerville ».

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3 mai 2016

L comme Lastres

Petit port de pêche croquignolet des Asturies. Nous nous y sommes arrêtés quelques heures après notre balade sur le Fito, ciel gris et lourd. Blotti dans une pente raide, le village dégringole littéralement vers son port. Les ruelles en escaliers serpentent entre de vénérables maisons aux façades blanches et aux balcons de bois. Les fondations de l’une au niveau du toit de l’autre.

 

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C’est très beau. Sur le port, un chalutier se prépare à sortir en mer. Parmi les membres d’équipage, des blacks et des nord-africains, plutôt rares dans ces contrées. Celui qui paraît être le capitaine fait le ménage sur son bateau, et il balance des sacs plastiques dans la flotte… sans commentaires.
Sur la petite plage du village, les enfants écrivent leurs prénoms dans le sable pendant que les deux restaurants du port commencent à sortir de la torpeur de la sieste.

 

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22 mars 2016

B comme Bardenas Reales

Vous aimez les décors de westerns ? Vous avez toujours rêvé de vous perdre dans l’Utah ? Vous n’avez pas peur d’un peu de chaleur ? Alors les Bardenas Reales sont votre prochaine destination. Situés en Navarre, à deux pas de l’Ebre et pas si éloignées des premiers reliefs des Pyrénées, les Bardenas sont un désert de couleur ocre sculpté par l’érosion. Un lieu hors du commun sur notre continent.

 

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Ce coin d’Espagne n’a rien en commun avec le voyage atlantique mais cela valait bien un détour de l’autre côté des Pyrénées pour venir découvrir ce bout de terre stupéfiant. Le site est un parc naturel protégé, mais bizarrement, des pistes caillouteuses permettent de le sillonner en voiture. Inutile d’avoir un 4x4, mais une journée sur ces chemins poussiéreux ressemble à un petit Dakar. Et pour Thomas et Sandrine, les amis qui nous accompagnent, dans leur Vito sans climatisation, à un Dakar des origines. Parce qu’il n’est pas inutile de préciser que dans ce paysage désertique, en plein été, qui plus est lors d’une période de canicule, les températures ont des allures sahariennes. D’autant que nous formons une belle caravane avec nos six petits chameaux qui ne semblent absolument pas souffrir de cette chaleur.

 

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Les Bardenas ce sont des plateaux où se nichent des vautours dans les falaises érodées ; des sculptures de pierre comme la cheminée de fée la Castil de Tierra, symbole du parc et dont la silhouette à contrejour fait beaucoup plus qu’évoquer un phallus en érection ; un grand lac salé préhistorique dont on aperçoit encore des dépôts de sel et où les enfants trouvent des carcasses d’écrevisses dans la marne asséchée et craquelée par des mois de sécheresse ;  des ravines séparées par des canyons profonds que doivent creuser encore d’avantages les violents orages ; une dépression formant une vaste plaine centrale où se situe un polygone de tir de l’armée de l’air espagnole, c’est une base militaire en activité dont la présence dans un parc protégé suscite quand même l’étonnement. La bombe d’essai qui explose à moins d’un kilomètre de notre lieu de piquenique nous fait tous sursauter et nous rappelle que les indiens avec plumes, arcs et flèches chevauchant sur leurs destriers n’apparaîtront pas dans le paysage comme on aurait presque pu le croire.

 

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Nous sommes montés – en gravissant 200 marches, parait-il – au sommet de la Cabeza de las Cortinillas, une formation tabulaire qui permet d’embrasser tout le paysage. Un véritable cinémascope où l’on peut apercevoir les strates géologiques de couleurs différentes qui strient les ravins.

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Les Bardenas se divisent en trois territoires distincts : la Bardena Blanca (celle que nous avons visitée), la Negra (son nom vient du ton sombre des ses forêts de pins et de chênes) et El Plano qui est beaucoup plus…plane que ses voisines et plus agricole grâce à l’irrigation tiré des barrages.

 

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15 mars 2016

Introduction

C’est en débarquant dans le petit port de Baiona, sur la côte de Galice, en mars 1495, que Pinzon, à la tête de la Pinta, devança sur la route du retour son collègue et rival Christophe Colomb et révéla au monde l’existence d’un nouveau continent. Les futures Amériques étaient nées. Autant dire que cette région espagnole est tournée vers l’Océan, ses promesses de voyages au long cours, de traversées épiques, d’aventures. Du pays Basque à La Corogne, protégé par la cordillère cantabrique, le pays regarde vers le nord, portant son regard sur ses origines celtes. Puis soudain la terre s’arrête, s’incurve vers le sud en formant un angle droit et contemple à l’infini l’Atlantique.  C’est le terminus du continent Europe symbolisé par le Cap Finisterre.

C’est à la découverte de ce décor rude et sauvage, d’une grande beauté naturelle, que nous sommes partis. L’Atlantique rejette tous les clichés sur l’Espagne. Inutile de chercher des arènes pour tauromachie, des robes colorées de gitanes dansant le flamenco avec des castagnettes, des journées caniculaires aérées par des éventails et rafraichies en buvant des gaspachos, pas d’agaves au bord de mer et encore moins de paysages pelés et secs. Où sont les oliviers et les grandes serres, et ces plateaux battus par les vents de la Mancha ?

L’Espagne Atlantique offre un visage homogène malgré ses yeux vairons : à gauche le vert de ses collines et montagnes, à droite le bleu de l’océan. Le camaïeu de verts dégringole vers l’Océan, c’est une région montagneuse dont les sommets culminent souvent à plus de 2 000m, si bien, qu’il est tout à fait possible de faire une balade dans un décor dolomitique le matin et de monter sur une planche de surf l’après-midi pour défier les rouleaux de l’Océan. On compare souvent la Galice à la Bretagne, la Cantabrie et les Asturies à une petite Suisse avec la mer. Le tout à l’Irlande. Mais ce serait réducteur, car on découvre aussi des paysages différents sur les versants sud de la cordillère, avec ses montagnes qui évoquent des paysages américains, ses rivières qui creusent des sillons profonds et offrent des points de vue sublime.  On ne peut que s’ébaubir devant la clarté de l’eau sur les Isles Cies en face de Vigo qui n’ont rien à envier à un lagon polynésien ou aux premiers contreforts des Picos de Europa qui font irrésistiblement penser aux pains de sucre asiatiques quand ils se dérobent dans la brume. Et que dire de ces Picos dont la variété des paysages alpins est spectaculaire.

Cette nature généreuse a joué le rôle d’une véritable forteresse, permettant à cette région de conserver fièrement ses racines et traditions. On découvre des villages authentiques, de pêcheurs ou de montagne, des villes à taille humaine parfaitement conservées dont la fameuse Saint-Jacques de Compostelle qui attire depuis mille ans des pèlerins et aujourd’hui un être hybride qui marche vers Santiago, lui seul et Dieu, savent pourquoi.

Mais le cœur de cette Espagne bat dans les eaux fraiches de l’Atlantique. Sur des milliers de kilomètres, la houle vient frapper parfois avec violence des falaises impressionnantes, s’engouffre le long des Rias, des estuaires où se mélangent eaux douces et eaux salées,  vient lécher des longues plages de sable et se permet par endroit d’épargner quelques criques secrètes.

Après un détour par le parc des Bardenas, véritable décor de western, nous avons navigué jusqu’à la frontière du Portugal en passant par la Cantabrie dans la région de Comillas puis les Asturies dans le parc des Picos de Europa. Nous avons fait une halte dans la méconnue vallée de la Luna, après un arrêt à Oviedo. Nous avons découvert Léon et l’extraordinaire site des mines de Las Medulas en direction de la Galice. Nous avons posé la caravane sur un camping-mirador au-dessus des gorges du Sil. Nous avons atteints la côte sud de la Galice vers Baiona, ses plages, ses îles, ses landes peuplés de chevaux sauvages. En remontant nous avons parcourus  les paysages sauvages de la Costa da Muerte, non sans avoir salué la cathédrale de Santiago de Compostella parmi les pèlerins du monde entier. De retour sur la Costa Verde, nous avons célébré la marée sur la plage des Cathédrales avant de rejoindre la France, le pays Basque et des amis en parcourant l’autoroute cantabrique. Nous avons terminé ce périple au camping du Bout du Monde, le bien nommé, dans l’Aude avant de retrouver nos pénates. Bref, nous avons vu beaucoup de choses, et surtout, nous avons découvert un coin d’Europe fascinant que je vais tenter de décrire dans un abécédaire.

 

 

Trajet entier

1 juin 2016

X comme Xunta

Nous l’avons vu plus haut, le régionalisme en Espagne est fortement implanté. Il se traduit aussi dans l’administration par la présence de Communautés Autonomes. Nous sommes bien loin d’un centralisme à la française. Ces communautés, dont La Xunta de Galice, dispose de leur propre gouvernement avec un conseil exécutif et une assemblée législative. Symbole de ces autonomies, les langues locales sont officiellement reconnues comme des langues nationales du Royaume. Petit à petit le transfert des pouvoirs du gouvernement central se met en place, l’Espagne a ainsi un temps d’avance en ce qui concerne l’autonomie de ses régions. Ou faudrait-il parler de ses « nations » tant la frontière entre les deux peut paraitre floue ? Le débat alimente toujours les joutes politiques et le sentiment régional est plus vivace que jamais.

 

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15 mars 2016

A comme Atlantique

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On quitte rarement l’océan quand on vient se balader dans ce coin d’Espagne, et pour cause, on y vient aussi pour lui. L’Atlantique offre une palette de paysages infinis. La côte, bien que déchiquetée et largement sauvage, permet aussi de profiter de ses innombrables plages, rarement bondées, toujours impeccables, parfois spectaculaires et ce même dans les villes. Et même s’il arrive que la température de l’eau n’incite pas à la baignade, ou que les courants soient dangereux, il y a toujours quelque chose à faire au bord de l’Océan. Il faut dire que les marées alimentent les loisirs, modifiant sans cesse les paysages.

 

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Pour les enfants, la pêche à pieds, les châteaux de sable éphémères que l’on construit en attendant qu’ils soient emportés par les vagues, la collection de coquillages abandonnés par leurs habitants, sont bien plus ludiques qu’une journée passée à barboter dans l’eau. Et même s’il est rare de véritablement nager, l’Atlantique est un terrain de jeu sensationnel pour s’amuser dans ses rouleaux avec un simple body-board gonflable.

 

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Les chemins de douaniers sont autant de belles balades le long du littoral, atteignant souvent des phares amarrés sur des caps défiant les déferlantes, ou sur des hautes falaises dominant la houle. En voiture ou à vélo, les petites routes côtières sont parfaites pour découvrir l’océan depuis la terre ferme et atteindre des petits ports de pêches isolés. Sur tout le pourtour de l’Atlantique se dissémine, comme les perles d’un collier, quantité de petites bourgades authentiques où il  fait bon flâner en admirant les façades à verrières et les balcons de bois, où il fait bon s’assoir à une terrasse pour contempler la vie quotidienne paisible et agréable, où chaque restaurant vous invite à vous régaler des produits de cette pêche qui reste encore une activité primordiale dans l’économie locale. 

 

 

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L’océan vous happe et vous emporte, il sait conjuguer les contraires, se montrer inaccessible et accueillant, il peut vous apparaître d’une violence inouïe et se faire doux le temps d’une accalmie météo. L’océan c’est le spectacle fascinant de la force de la nature à l’état brut.

 

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Dommage que nous n’ayions pas vu de gros cétacés s’ébattre dans ses eaux. Ce n’est pas faute d’avoir scruté l’horizon, mais ni baleines, ni dauphins ne sont venus nous saluer. Encore que… en faisant le tri dans les photos au retour, nous avons eu la surprise d’apercevoir sur l’une d’elle, la queue d’un de ses mammifères. Un joli pied de nez…

 

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